Les arômes constituent une part importante de l’expérience de vapotage, mais leur présence dans un e-liquide ne permet pas, à elle seule, de juger de leur comportement après chauffage et inhalation. Dans un entretien publié par Guinee360, le Dr Boubacar Bah attire précisément l’attention sur cette différence : un arôme de qualité alimentaire n’est pas automatiquement sans danger dans le cadre d’une inhalation. Selon lui, le chauffage des arômes dans une cigarette électronique modifie leur structure chimique, avec une irritation des poumons, la formation de substances toxiques et des atteintes aux cellules respiratoires.
En bref
- La vapeur d’une cigarette électronique peut contenir du propylène glycol, de la glycérine végétale, de l’eau, des arômes et parfois de la nicotine.
- Le Dr Boubacar Bah indique que des arômes alimentaires ne sont pas nécessairement sans danger lorsqu’ils sont inhalés.
- Selon ce médecin, le chauffage des arômes peut modifier leur structure chimique et irriter les poumons.
- Une étude coréenne rapportée par Top Santé observe une association entre vapotage après arrêt du tabac et risque accru de cancer du poumon chez d’anciens fumeurs.
Cette mise en garde ne signifie pas que tous les liquides, tous les arômes ou toutes les conditions d’utilisation produisent les mêmes effets. Les éléments disponibles ne permettent pas de l’affirmer. Elle rappelle en revanche une distinction utile : l’évaluation d’un ingrédient destiné à l’alimentation ne recouvre pas nécessairement son exposition sous forme d’aérosol chauffé.
Ce que contient la vapeur d’une cigarette électronique
Le Dr Boubacar Bah décrit la vapeur de cigarette électronique comme un mélange pouvant contenir du propylène glycol, de la glycérine végétale, de l’eau, des arômes et, selon le liquide utilisé, de la nicotine. Ces composants n’occupent pas le même rôle. Le propylène glycol et la glycérine végétale servent de bases au liquide, les arômes déterminent le profil gustatif et la nicotine peut être présente ou absente.
La composition affichée d’un e-liquide est donc un premier repère, mais elle ne renseigne pas à elle seule sur les phénomènes qui interviennent au moment du chauffage. C’est sur ce point que porte l’alerte du médecin : les arômes ne doivent pas être considérés uniquement à partir de leur usage alimentaire. L’exposition par inhalation et la transformation liée à la chaleur constituent un contexte distinct.

Cette question s’inscrit directement dans les critères à observer lorsqu’il s’agit de choisir une cigarette électronique et ses e-liquides. Il ne s’agit pas de déduire un niveau de risque précis à partir d’un seul ingrédient ou d’une saveur. L’enjeu est plutôt de comprendre que la vaporisation associe un liquide, un dispositif et une température de fonctionnement, sans assimiler l’usage d’un arôme alimentaire à son inhalation après chauffage.
Pourquoi le chauffage des arômes mérite une attention particulière
Dans son entretien, le Dr Boubacar Bah associe l’inhalation d’arômes chauffés à une modification de leur structure chimique. Il indique que cette transformation peut irriter les poumons, créer des substances toxiques et endommager les cellules respiratoires. Ces propos rapportent l’appréciation médicale exprimée dans cette interview, ils ne permettent pas de conclure que ces conséquences se produisent de façon identique avec tous les produits, toutes les puissances ou toutes les concentrations.
La prudence du vocabulaire compte ici. L’irritation pulmonaire évoquée par le médecin ne permet pas, à elle seule, de déterminer l’évolution clinique d’une personne ni d’attribuer une maladie donnée à un arôme précis. De même, la mention de substances toxiques ne remplace pas une analyse de la composition d’un aérosol dans des conditions déterminées. Elle met toutefois en évidence une limite fréquente dans la perception des liquides parfumés : une odeur agréable ou une saveur familière n’apporte pas d’information sur les transformations chimiques qui accompagnent le chauffage.
La nicotine constitue un autre élément à distinguer des arômes. D’après le Dr Boubacar Bah, lorsqu’elle est présente, elle est liée à la dépendance. Cette question relève de la composition du liquide et ne doit pas être confondue avec celle des effets potentiels des arômes chauffés. Séparer ces deux sujets aide à éviter des raccourcis : un liquide peut être aromatisé, contenir ou non de la nicotine, et être utilisé dans des conditions de chauffe variables.
Une étude observationnelle à replacer dans son cadre
La question respiratoire dépasse l’entretien du Dr Boubacar Bah. Top Santé rapporte les résultats d’une étude coréenne portant sur plus de 4,5 millions d’adultes ayant un lourd passé tabagique, suivis entre 2012 et 2023. Chez les personnes ayant arrêté le tabac, le vapotage après l’arrêt était associé à une augmentation de 56 % du risque de cancer du poumon par rapport à l’absence de vapotage.

Il s’agit d’une association observée dans une population précise, celle d’anciens fumeurs. Elle ne démontre pas que les arômes chauffés sont, à eux seuls, la cause d’un cancer du poumon, ni que cette observation s’applique de manière uniforme à toutes les personnes qui vapotent. Les chercheurs cités par le média évoquent plusieurs mécanismes biologiques plausibles, dont une inflammation chronique des voies respiratoires, un stress oxydatif et des modifications de l’ADN liées à des substances présentes dans les aérosols de vape.
Le rapprochement entre cette étude et les propos du Dr Boubacar Bah appelle donc à la nuance. L’étude traite d’un résultat sanitaire observé chez d’anciens fumeurs, tandis que l’entretien insiste sur les transformations possibles lors de l’inhalation d’arômes chauffés. Les deux sources convergent sur l’intérêt de ne pas réduire l’aérosol à une simple vapeur parfumée, sans pour autant établir une causalité générale pour chaque arôme, chaque appareil ou chaque pratique.
Lire l’information sans confondre les usages
Le débat sur les arômes gagne à rester précis. La chicha et la cigarette électronique ne reposent pas sur le même mécanisme : la première implique la combustion de tabac dans le cadre décrit par le Dr Boubacar Bah, alors que la seconde produit un aérosol à partir d’un liquide chauffé. Les réunir sous une même formule effacerait des différences importantes de composition et d’exposition.
Pour la cigarette électronique, l’information la plus solide issue du dossier est la suivante : un e-liquide peut contenir plusieurs composants, les arômes alimentaires ne sont pas tous jugés sans danger par inhalation et le chauffage est un paramètre central dans l’analyse des substances respirées. Les observations sur le cancer du poumon rapportées dans l’étude coréenne doivent, elles aussi, être lues dans leur cadre, sans transformer une association statistique chez d’anciens fumeurs en certitude valable pour tous les usages.
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