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Vapotage bref, des réactions mesurées dans le poumon profond

Des cellules humaines et des hamsters exposés quelques jours à l’aérosol montrent des réactions dans le poumon profond, mais rien n’est prouvé chez l’humain.

Priscilla Adjovi Par Priscilla Adjovi
4 min de lecture
Vapotage bref, des réactions mesurées dans le poumon profond
Une cigarette électronique rechargeable et son réservoir : c’est l’aérosol produit par ce type d’appareil que les chercheurs ont testé sur le poumon profond.

Oui, selon une étude préclinique, quelques jours d’exposition à l’aérosol de cigarette électronique suffisent à provoquer des réactions mesurables dans la partie la plus profonde du poumon, et certaines persistent après l’arrêt. Mais ces observations portent sur des cellules en laboratoire et sur des animaux : elles ne disent pas qu’un vapoteur tombe malade après quelques jours.

En bref

  • L’étude de National Jewish Health paraît dans la revue JCI Insight en 2026.
  • Des tissus pulmonaires humains exposés à l’aérosol deviennent plus perméables en moins de 24 heures.
  • Des hamsters exposés cinq jours gardent des marqueurs de stress dix jours après l’arrêt.
  • Les résultats, précliniques, doivent encore être confirmés chez l’humain.

Une équipe de pneumologie face au poumon profond

Les travaux ont été conduits par National Jewish Health et publiés dans la revue JCI Insight (numéro du 11 août 2026, volume 11, article e198757). Leur intitulé résume trois axes : des lésions cellulaires dans le poumon distal, une réponse de stress qui dure et une baisse des défenses antivirales.

Le poumon distal désigne la zone la plus enfouie de l’organe, celle où l’air cède son oxygène au sang. C’est cette région, fine et fragile, que les chercheurs ont ciblée.

Premier volet, des cellules pulmonaires humaines et des fragments de tissu humain ont été placés au contact de l’aérosol. En moins de 24 heures, la barrière qui protège le tissu laissait davantage passer. Dans le même temps, les cellules montraient plus de stress, se réparaient plus lentement et mouraient davantage.

« Nos résultats suggèrent que même une exposition de courte durée au vapotage peut initier des lésions dans les régions les plus profondes et les plus délicates du poumon »

Irina Petrache, pneumologue et cheffe de la Division de pneumologie, réanimation et médecine du sommeil à National Jewish Health

Cinq jours chez le hamster, des traces dix jours après

Second volet, des hamsters syriens dorés ont respiré l’aérosol durant cinq jours, selon un protocole censé reproduire un usage occasionnel. Dix jours après la fin de l’exposition, rien ne trahissait un problème à l’œil nu : les animaux ne maigrissaient pas et ne présentaient aucun signe clinique évident.

Coupe de tissu pulmonaire de rat colorée, vue au microscope avec alvéoles et bronchiole
Coupe de poumon de rongeur au microscope : les alvéoles du poumon profond, zone où l’étude préclinique a mesuré des réactions après l’exposition au vapotage. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Yanko Roman. Licence : CC BY 4.0.

L’examen des poumons racontait autre chose. Des marqueurs de stress cellulaire et de mort programmée des cellules y restaient présents. L’activité génétique avait aussi bougé : environ 200 gènes s’exprimaient davantage, et quelque 300 moins qu’auparavant. Arrêter l’exposition ne ramenait donc pas immédiatement le tissu à son état de départ.

Des défenses antivirales affaiblies

Les chercheurs ont ensuite regardé comment ces poumons réagissaient à un virus. Ils ont relevé une perturbation de l’immunité dite Th1, ainsi qu’une activité réduite de plusieurs gènes antiviraux, parmi lesquels Ifit1, Isg15 et Nfkbia.

Lorsque les hamsters avaient inhalé l’aérosol avant d’être infectés par le SARS-CoV-2, leurs voies respiratoires portaient une charge virale plus élevée. Irina Petrache insiste sur ce point : « Fait important, certains effets ont persisté après la fin de l’exposition et ont modifié la réponse immunitaire à une infection virale ultérieure ».

Ce que l’étude établit, et ce qu’elle laisse ouvert

Comme le rappelle Doctissimo, ces travaux n’affirment ni que vapoter entraîne à coup sûr une infection ou une maladie pulmonaire, ni que quelques jours de vapotage rendent malade. Le tableau suivant sépare les deux lectures.

Ce que les modèles montrent

  • Une réaction rapide du tissu pulmonaire humain en laboratoire.
  • Des effets biologiques qui persistent chez l’animal après l’arrêt.
  • Une réponse antivirale moins efficace face au SARS-CoV-2 chez le hamster.

Ce qu’on ne peut pas en conclure

  • Un risque chiffré pour un vapoteur donné.
  • La transposition directe des résultats à l’ensemble des vapoteurs, faute de suivi de personnes sur la durée.
  • Une maladie chronique, que l’équipe évoque seulement comme risque potentiel en cas d’exposition répétée.

Selon les auteurs, une exposition répétée pourrait entretenir les lésions et gêner la réparation du tissu, une hypothèse qui reste à confirmer chez l’humain. Ces résultats s’ajoutent à l’évaluation de l’Anses, qui considère les effets respiratoires du vapotage comme possibles, les effets cardiovasculaires comme probables, et note un recul encore insuffisant concernant les cancers.

Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Jacek Halicki. Licence : CC BY-SA 4.0.

Priscilla Adjovi

Matériel, e-liquides, accessoires et réglementation

Priscilla Adjovi

Priscilla Adjovi est technicienne de laboratoire en chimie et a travaillé au contrôle qualité d'un fabricant d'arômes. Elle écrit sur les e-liquides et le fait maison : composition, dosage PG et VG, arômes, sécurité des mélanges. Elle insiste sur le stockage et l'étiquetage des flacons, loin d'être un détail. Le dimanche, elle fait du roller le long des quais.